mardi 22 septembre 2009

ALBUM DU MOIS D'OCTOBRE : Tinariwen - Imidiwan : companions


Après deux albums réalisés à Bamako, Tinariwen a installé les micros d'enregistrement sur ses terres. Précisément à Tessalit, un village du désert malien où habitent depuis deux ans Ibrahim Ag Alhabib et Alhassane Ag Touhami, les deux membres historiques du groupe. Le groupe y a mis en boîte treize morceaux, aménageant une vieille maison en studio ou enregistrant carrément dans le désert. Faut-il voir dans cette démarche une volonté de retour au son du premier album, le dépouillé et magnifique "The Radio Tisdas Sessions" ? Oui et non. Si les guitares sont moins rentre dedans que sur "Aman Iman", précédent opus, Tinariwen n'est plus le même groupe qu'il y a huit ans. Le son a gagné en épaisseur, le groove en précision grâce au jeu de basse remarquable d'Eyadou Ag Leche, et les entrelacs de guitare - avec de fréquentes superpositions de couches acoustiques et électriques - sont d’une complexité à rendre jaloux la plupart des groupes de rock. Comme de coutume dans la musique touarègue, les morceaux sont signés individuellement, l’auteur chantant et jouant la guitare principale.
Deux chansons d'Ibrahim ouvrent l’album : Imidiwan Afrik Tendam, caractéristique du groove associé au groupe, prétendument fondé sur le rythme de marche chaloupé et inexorable du chameau, puis Lulla, qui voit le groupe ruer sur un tempo rapide. Tenhert, joué lors des dernières tournées, est construit sur un riff de guitare nerveux et évident - un titre fort, signé Abdallah Ag Alhousseyni, dont les deux autres chansons, Intitlayaghen et Kel Tamashek, se distinguent par la singularité de leurs structures, éloignées du schéma traditionnel appel/réponse. L’album appartient pourtant à Ibrahim, qui livrent certains de ses plus beaux morceaux, notamment Tenelle Chegret et Assug Ag Assuf, le premier exposant ses vues sur la révolution touarègue de 90, le second, hanté par une guitare planante, transportant l’auditeur au beau milieu d’une nuit étoilée dans l'Adar des Iforas. L’album se clôt d'ailleurs sur le son d’une guitare électrique attisée par le vent, incarnation saisissante du membre invisible de Tinariwen, transparaissant dans chacune de ses notes : le désert.
Bertrand Bouard Mondomix